Secrétaire médicale

- Placez-vous derrière la ligne Monsieur !

La secrétaire médicale n’a pas l’air de bon poil. Le son de sa voix criarde attire mon attention. Belle plante blonde, un peu trop maquillée, la blouse blanche ouverte sur un généreux décolleté… Elle jette un regard sévère sur le pauvre Monsieur déjà rouge des regards qui se sont portés sur lui. Elle reprend d’une voix si forte qu’il se pourrait bien qu’à l’autre bout de la clinique personne n’échappe aux propos :

- Je vous ai dit derrière la ligne Monsieur ! C’est une question de discrétion vous comprenez ? Du respect de la confidentialité !

Notre monsieur passé au bordeaux, recule encore des deux petits pas qui lui manquaient pour être bien derrière la ligne. Je suis assise et j’attends, je n’ai pas eu à patienter derrière la ligne vu que j’étais la première. A présent la file s’allonge. En attendant d’entendre l’appel de mon nom et pour calmer mon anxiété, j’observe discrètement cette jeune secrétaire qui me donne envie de prendre un carnet et un stylo. Zut j’ouvre mon sac rien ! Dommage car elle m’inspire. Et bientôt je ne suis pas déçue car elle me donne une bonne nourriture gratuite !! C’est au tour du monsieur. Un silence de salle d’attente s’est installé, tout juste quelques toussotements, quelques soupirs par ci par là. Puis le coup de grâce de Miss Blonde :- Vous avez apporté vos urines Monsieur ?

Et vlan tous les yeux qui se tournent en même temps. Je me pince les lèvres, je suis partagée entre le fou rire et la gène pour ce pauvre homme qui fait des efforts à grands murmures pour qu’on ne l’entende pas et Miss blondasse qui du coup parle de plus en plus fort !!

- Votre date de naissance ?

Si j’osais, j’irais gentiment la voir et lui demanderais « s’il vous plaît madame, vous pouvez parler plus bas, c’est que voyez-vous derrière la ligne le son passe bien et même de nos chaises là, voyez ça passe aussi. Je vous demande ça juste pour le bon respect de la confidentialité de chacun.

Mais bien sûr je n’en ferai rien, pas assez courageuse. Je commence à la trouver si méchante et ridicule que je regrette une fois encore de ne pas avoir de quoi écrire histoire de me soulager.

Notre homme vient nous rejoindre, nous marmonne un bonjour, et s’assoit. Je me demande ce qu’il pense en ce moment précis. Je me demande si le voilà dégoûté des blondes à jamais. Ou bien des secrétaires médicales voir pire des femmes !!!!

Mais bientôt mes pensées sont stoppées par un nouveau numéro de notre artiste :

- La date de vos dernières règles ?

- le ….

- Pardon ?

- euh…le

- Allez vous asseoir on va vous appeler madame.

La Star se lève fait le tour de son bureau et là de toute sa grâce féline, traverse la salle d’attente, la blouse ouverte laissant entrevoir deux interminables jambes nues, impeccablement épilées, Chaussées d’une paire de claquettes à hauts talons.

Je n’ai pas l’âme bien méchante, enfin je crois, mais quand même je me dis allez, juste un petit tortillement du pied, sans gravité, juste pour nous faire un petit plaisir à nous autres, les distributeurs d’urines.

Je commence à m’angoisser. Je suis ici pour une mammographie. Je n’ai pas apporté la dernière car elle a servi à dépanner ma voisine… Hein ? Ben oui j’explique :

Un matin, ma voisine sonne à notre appartement. Elle est visiblement très affolée. Rien de bien méchant mais bon elle est à la porte, son « futur ex-petit ami » est parti au boulot avec les clefs. De son côté elle rentre du sien de boulot (elle travaille dans un aéroport) et était partie sans les siennes (de clefs !).

Je lui fais un petit café et tente de l‘apaiser. Nous allons bien trouver une solution. En plus mon petit mari n’est pas là, lui qui trouve toujours des solutions miracles. Mon « Mac Gyver ». Pour ma part je ne suis pas du tout douée pour la bricole et du coup je m’applique dans la tâche qui me correspond le mieux, c’est- à- dire le réconfort, un peu d’humour, dédramatisons allez petite voisine. Du coup elle se détend un peu et me glisse quelques confidences. J’ai vraiment raté ma vocation. Combien de fois me l’aura t-on dit ? Ça me fait sourire mais c’est peut-être vrai.

A un moment je me sens plus concernée par cette rupture prochaine qu’elle m’annonce que par le but initial de sa visite !

Ah oui trouver une solution pour ouvrir cette satanée porte ! Allez on téléphone à Mac Gyver. Il ne va pas tarder à revenir et tu vas voir voisine tout va s’arranger et puis une idée me vient, un truc que j’ai entendu un jour. Il paraît qu’avec une radiographie on peut ouvrir une porte ! Euh oui enfin je ne sais pas pour autant comment s’y prendre mais comme je vois une étincelle d’espoir dans le regard de ma triste visiteuse du samedi matin, (jour de ménage qui me donne en principe une humeur massacrante), visiteuse qui du coup bouleverse ma vie mécanique et que j’ai presque envie de remercier. Je me retiens car je ne suis pas sûre qu’elle apprécierait…

En attendant le retour du sauveur, je me mets à la recherche d’une radio. Pas difficile car j’en ai tout un rayonnage !! J’en prends une au hasard (mauvaise pioche mais ça je ne pouvais pas le savoir à cet instant)…

- Mme Durand ! Vous pouvez approcher s’il vous plaît ?

Non ça ne me plaît pas et oui je vais approcher si près de ton petit visage trop fardé que je vais hop comme ça te fourrer un bon « bourre pif ».

Je m’approche docile du bureau et attends la sentence que je sens venir.

- Vous avez votre dernière mamo ?

- Non je ne la retrouve pas.

A ce moment je crois qu’elle jubile ! Ah une proie vite saisissons notre chance :

- Et comment voulez-vous que le médecin fasse des comparatifs ? Ce n’est pas sérieux Madame Durand ah non vraiment !

Et elle balance sa belle crinière de lionne blonde, d’un air agacé. Ah vraiment mais quelle stupidité tout de même. Puis sa vilaine bouche se pince :

- Bon ben tant pis le médecin devra se débrouiller sans.

Un petit silence s’installe pendant lequel je m’imagine en train de lui sortir la radio salvatrice de la porte de ma voisine.

- Tenez Madame je l’ai retrouvée !!

Et je lui tends l’objet de sa demande, toute gondolée, rayée, inutilisable.

Je réprime une sérieuse envie de rire. Du coup j’en oublie ma trouille des examens. Merci Madame Barbie.

Publié dans : NOUVELLES |le 18 février, 2009 |Pas de Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

livres d'occasion bouquinsd... |
Stephan LEWIS - fantastique |
silentenigma |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Entre deux nuages
| Lectures d'haabir
| Dans le Jardin des mots